En roues, libres

Article initialement publié dans le site PWFM

Vers midi, un SMS bref de mon ami Ron me propose de choper mes rollers et le rejoindre sans contester. Le temps d’acquiescer puis je roule, hésitant, vers l’usuel 18ème du samedi soir. Lorsque j’approche, première surprise, il y a du son, bien bien bien…

Pas de queue à l’entrée de l’Aérosol et, pourtant, il me suffit d’un instant pour comprendre qu’il y beaucoup de monde déjà. Il est environ 18h, le soleil darde ses derniers rayons sur la longue allée et fait scintiller le champ de vision à perpet’. Je commande une pinte, sort mon calepin mental et commence la prise de notes : il y a beaucoup d’enfants qui jouent, de jeunes adultes qui font des trucs d’adultes, des artistes plus – KASHINK – ou moins confirmé(e)s qui bombent les murs extérieurs et un espace intérieur d’exposition et vente de Maquis-Art, quelques espaces bar et food trucks (dont un qui dispense du R’n’B/Dub/Reggae bien senti par moment), un terrain de pétanque bondé et des dalles lisses qui appellent à la glisse.

« Je sais que je suis moche mais je peux vous servir »
 Barman au sourire Colgate

Je suis très étonné par l’ambiance générale du lieu, hyper familiale, tranquille, populaire et socialement représentative. Les gens ont l’air heureux de cet été indien qui nous gâte, les gosses courent partout en hurlant, ils vident des bombes de peinture au sol, font leurs petites expériences et vivent mille histoires qui échappent aux adultes qui s’enivrent. L’odeur de l’art en gouttelettes dispersées est omniprésente, elle se répand et se plaque, masquant à merveille les précédentes senteurs.  L’espèce de fourmillement frénétique des dizaines bombes compose une polyphonie faite des « SSSSSSSSSSSpray » qui « CLICKCLICKCLICK » à intervalles irréguliers et à 360°. C’est une musique qui a un charme certain.

Sage comme une image

Dix-neuf heures pétantes et je me retrouve sur la piste de danse. J’hésite. J’ai peur. Je regarde mon gros sac, gauche, et mes longs pieds, droits ; repeat. Mon ami Ron le voit, il me met au défi de chausser ces rollers tandis qu’il va prendre à boire. Je suis con donc je le fais et c’est en chaussant mes patins que je déroule le fil : de quoi j’ai peur  ? de tomber ? d’être ridicule ? de bousculer des gens ? de perdre un frein ? une roue ? d’avoir – déjà ? encore ? – trop bu ? de faire du sur place ?

SQUI à roulettes

Deux pintes s’approchent, je me lève, ça va, je bois une bonne gorgée et première poussée de la jambe gauche, droite tendue. Le sol glisse super bien, ça vibre pas comme l’asphalte parisien, il y a peu de monde et de l’espace, je prends un peu de vitesse, les courbes s’allongent et les pieds se posent l’un en arrière de l’autre, on tente des figures. De minute en minute des patins, jusque-là rares, apparaissent, d’abord en version enfant et en ligne, puis des adultes en quad, avec ou sans freins.

C’est très marrant de se faufiler entre les gens qui dansent, parlent et nous regardent parfois. On tourne selon nos propres patterns, on se croise souvent, des rencontres fortuites sont évitées de peu. On sourit face au spectacle drôle des chutes évitées, ces rééquilibrages pseudo acrobatiques avec mouvements brusques des mains et raidissement du bassin.

Line-up

La musique est tout simplement folle. CATHERIN est aux platines pour un set retro disco rigolo, elle me donne l’impression d’être dans les 90’s, quand on était encore des kids avec nos Walkman, nos chaussures à LED et d’infâmes menus heureux. Une mention spéciale pour Gala et mon ami Ron qui ont l’idée géniale de me saisir par les mains et me faire tourner. On réalise qu’on peut aisément danser malgré les patins, on enchaîne un rock d’abord hésitant puis hilarant, on tourne sur nous-mêmes chacun notre tour, les gens autour de nous se marrent puis c’est la chute. Même pas mal, un peu le tournis et le cœur qui pompe, il me relève et me tend sa bière, on reprend.

Tout le monde s’amuse à l’évidence, le temps avance et, faute de place, je fais du surplace. C’est d’abord curieux puis intéressant et enfin agréable. Je stagne des pieds, je micro glisse, je dans-ouille! Lorsqu’une seconde évidence s’impose : je suis assez ivre pour ne plus me rendre compte que je ferme les yeux en dansant. Ce que le plancher des vaches me parait fade ! Filons voir ce qu’il se passe dehors.

sol ou mur ?

« Je peux essayer tes rollers ? » Noco

Si je devais résumer l’espace extérieur je dirais que c’est Ghetto Disco grâce à Dj Idem. Il fait frais, une seconde scène crache du hip hop à l’ancienne, le public hurle les paroles et tout le monde danse dans une joie exubérante et agréable – big up à la jeune fille de 7 ans qui a créé un cercle de respect autour de ses capacités et pas de cotés. Je m’assieds, un groupe de femmes engage une discussion dont il ne me reste que cette phrase :  « Mais tu sais que c’est une soirée queer ? ». A cet instant je réalise que je ne le savais ni ne m’en étais aperçu. C’était juste une « soirée métissée » pour moi et cette information nouvelle jette encore plus de tendresse sur toutes les intrigues qui se déroulent sous mes yeux. La fête gagne en profondeur et on se déhanche sans se juger, bienveillant et en interaction jusqu’à ce que le son se coupe et que la techno qui pulse de l’autre scène m’appelle.

« Qu’est-ce que tu aimes dans la vie ? »
Nici

Dedans c’est la FOLIE.  Barbi(e)turix mode ON. Il y a suffisamment de monde pour avoir chaud et de l’espace, ça se roule des patins de partout, ça danse collé-serré dans une sensualité qui va si bien avec les lieux et les êtres qui le peuplent.

Sur scène, RAG se démène. Elle délivre un set irréprochable, une sélection adaptée qui nous fait naviguer entre une techno sombre, parfois envoutante ou percussive, et des tracks house qui groovent, qui chantent et nous illuminent. Enfin le point d’orgue est atteint quand l’image du non retour pour toute une communauté se dessine sous les traits analogiques d’Arnaud Rebotini, ses synthétiseurs et les 120 Battements par minutes qui, ici, résonnent autrement. Le peuple de la salle chante à l’unisson le quasi hymne, un grand tremblement nous parcourt et la mémoire collective s’invite dans nos présents.

Une pensée pour celles et ceux qui furent, aimèrent et, ce soir, manquent à l’appel.

L’instant ❤ du set de RAG

Une heure, les lumières s’allument et je suis, littéralement, sur le cul, transporté par les émotions multiples, hybrides et intenses de la soirée. Il s’est passé tant de belles choses, de rencontres, de découvertes, de plaisir que je rentre, béat, heureux, revigoré bordel ! C’est fou comme la vie peut se passer mieux qu’on ne l’avait anticipé…

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