Sauvages, pardonnez le Bazar !

Article initialement publié dans le site PWFM

Il est 22h lorsque j’arrive enfin au Cabaret Sauvage. Vu de l’extérieur je me pose des questions sur la soirée qui s’y déroule : ça sent la saucisse et les grillades, les gens chantent très fort sur des tubes de R’n’B à l’ancienne et il y a une queue typique de tout événement parisien.

Un ami doit venir me donner une invitation et après de longues minutes où il me répète par SMS qu’il est « à coté du parking », je parviens enfin à lui faire entendre que sans le papier dans sa poche je vais rester devant comme un couillon. Merde j’ai une pige à écrire moi. 10 minutes passent durant lesquelles j’ai le plaisir de voir des inconnus se faire refouler malgré leurs superbes tentatives pour avoir leur nom sur la liste/connaitre un DJ/utiliser vos toilettes. Je me sens pousser des ailes quand enfin arrive mon pote et que j’entre sans même me faire fouiller.

C’est blindé, as usual, et l’agencement permet d’avoir un peu d’air malgré la poussière que soulève les danseurs. On s’en fout, quoi de plus agréable que du sable pour taper du pied ou encore poser son verre sans craindre d’en perdre une goutte ? Je me dirige vers le parking où attend le reste de la troupe et l’odeur des saucisses se trouve remplacée par la douce senteur du Palo Santo. Putain, le rêve cette odeur, ici, ça me transporte à mi-chemin entre Berlin et l’Amazonie. La musique est bonne et le jour tombant il ne m’est pas possible de savoir qui j’écoute, de toute façon il est encore temps de faire papote avant que le chapiteau ouvre.

J’en suis à ma deuxième pinte de Gin Tonic quand un ami me saisit par le bras et m’amène à l’intérieur, je manque de me péter la gueule dans les escaliers puis je rate la petite marche du dancefloor (que celui/celle à qui ce n’est jamais arrivé se lève). Tandis qu’on se fraie un chemin à travers foule un type me saisit par le bras et me demande si j’ai pas un bonbon. Bien que surpris par sa question, je farfouille dans mes poches et lui sort un des kréma subtilisés dans le Uber. Le mec me regarde avec des yeux ahuris et je me sens soudain très con : il voulait de la came le petit. On finit par en rire en se serrant dans nos bras, je lui souhaite bon courage et lui rappelle que la drogue c’est mal. Je comprends à cet instant qu’il me faut un immense verre pour oublier ma bêtise et me mettre au niveau de la foule.

Le temps file un set en demi-teinte, bien que dansant, je ne suis pas convaincu par Haldo et Giuseppe, musicalement. Je laisse mon regard errer en attendant d’être assez bourré pour fermer les yeux et serpenter intérieurement. Il y a un joli public, les gens jouent de plus en plus le jeu simple des paillettes/plumes, beaucoup de torses sont nus (tant féminins que masculins), l’équipe de Nice To Paint You s’est chargé d’accorder les corps aux signes made in Funki Sign et on tente même à plusieurs reprises de voler ma visière rouge de croupier. Les gens s’amusent et rient, on a beau être dimanche soir (ce qui signifie qu’une bonne partie du public en est déjà à l’after de l’after) et il y a une douce énergie qui rayonne à vous en faire péter les lanternes. Tellement même que je ressens le besoin d’aller soulager ma vessie et là surprise : pas de queue aux toilettes. Littéralement. Juste un mec à la pissotière de gauche qui se met à imiter parfaitement la cornemuse en chantant et tapotant sa gorge. Ce qu’il est difficile de pisser en riant…

Retour sur la piste et j’entends une jeune fille dire « ça se vide ». Son avis est très personnel, il est devenu difficile d’atteindre le rond central alors que 10 minutes avant cela se faisait les yeux fermés. Passons. Une autre scène attrape soudain mon regard : une personne est allongée au sol. Merde. Une autre lui grimpe dessus, ils se collent et s’en suit une séquence « levrette sauvage » me faisant comprendre qu’en effet, les gens sont chauds ce soir. Les mirettes toujours portés au sol, un pochon orné d’une feuille de cannabis attrape ma faible capacité de concentration, je me penche donc pour le ramasser (sait-on jamais…) et constate à mon grand désarroi qu’il est vide. Dommage. Je me courbe pour le remettre discretos par terre (euh à la poubelle) et, BINGO, je remonte un billet de 20€ boueux. CHANCE.

Je te demande pardon à toi qui perdis ton billet, je l’ai laissé au bar.

On approche des 2h du matin, je fume des clopes dehors en me faisant taxer presque toutes mes petites feuilles et les discussions attrapées à la volée sont dignes d’un sketch des années 90, florilège :
« Vas-y, on se fait le musée de la chasse cette semaine ? » ;
« Et puis là je lui demande un Gin tonic serré… (son pote l’interrompt) attends, t’as demandé un slim au bar ?! » ;
« Nan mais tu vois, moi, les teufs où faut garder son t-shirt je m’y emmerde » ;
« Le mec a tellement pas de salive qu’il arrive plus à souffler pour faire des bulles » ;
« Et là, tu deviens pirate ma gueule ! ».

Les 3h sonnent. Un Romain Play toujours aussi poli passe aux manettes après avoir applaudi les DJs précédents. Et là surprise : Béné est à ses côtés pour un B2B. Oh putain le rêve. Je ressens un frisson me parcourir et le serpent me saisit. Les yeux mi-clos on danse tous avec frénésie sur les tracks léchés qu’enchaine Béné tandis que Romain se mue en batteur. Cela fait un bien fou de les voir s’amuser ainsi, ils nous transportent bien au-delà du programme annoncé. La symbiose de ce couple qui joue ensemble vient teinter la soirée d’une alchimie sauvage.


L’ambiance s’élève et le temps file. Un putain de set, tant technique que musical, jusqu’à ce que mes jambes soient de plus en plus lourdes et que l’idée de me tirer s’impose. Je sors et me roule un joint salvateur en prenant le temps d’écouter encore un peu le set de la famille bazar depuis les pelouses désertes et odorantes. C’est très étrange ce que l’on entend s’échapper du chapiteau et je regrette presque d’être parti si vite.

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